Relaxation et gymnastique douce à l'école
Pour une éducation de l'estime de soi

Sophie Garbin-Fernandez
UNIVERSITE LUMIERE LYON 2
Institut des Sciences et Pratique d'Education et de Formation
Département des Sciences de l'Education
1997/1998

 

INTRODUCTION

14 années d’enseignement en école primaire, de la maternelle au cycle des approfondissements, m’ont amenée à réfléchir et à m’interroger sur la façon dont je travaillais avec les enfants.
Au fil des années les mêmes constats resurgissaient :
Les enfants étaient de plus en plus agités, hyperkinésiques, inattentifs voire agressifs ou à l’inverse inhibés et passifs.
- Ils se plaignaient d’être fatigués.
- Ils manquaient de concentration et étaient souvent dispersés.
Leur corps semblait les trahir d’un malaise que je n’arrivais pas à cerner et qui entraînait chez certains des difficultés d’apprentissage qui n’avaient pourtant  rien à voir avec leurs capacités intellectuelles.

Petit à petit j’ai pris conscience qu’il manquait une dimension à mon enseignement.
En effet, j’instruisais ces enfants des connaissances fondamentales, je leur apprenais des techniques dans le domaine du sport, je les éduquais aux principes de la vie en collectivité ; mais eux, que connaissaient-ils de leur propre corps, de leurs  besoins ?
Pouvais-je continuer à les morceler, mon rôle n’était-il pas justement de favoriser l’éclosion de l’ “Etre” en tant qu'entité, en permettant à ces jeunes enfants de se découvrir au travers de leur corps ?
Ne plus les considérer comme de simples réceptacles mais leur donner les moyens de se construire, d’être acteurs de leur vie, pour finalement découvrir l’immense richesse d’être autonome.

 BRUNO BETTELHEIM définit l’autonomie en ces termes :
"Il s’agit de l’aptitude intérieure de l’homme à se gouverner lui-même, à chercher consciemment un sens à sa vie bien que pour autant que nous le sachions elle n’ait pas de finalité (...). L’essence de l’existence autonome réside dans ce sentiment de l’identité, dans la conviction d’être un individu à nul autre semblable, qui entretient des relations chargées de sens avec des personnes de son entourage.”

Faire prendre conscience à l’enfant de ce qu’il vit; lui permettre de trouver ou retrouver une identité; le saisir dans sa globalité; le mettre en situation de prendre conscience  de soi en lui faisant découvrir les interactions propres à tout être humain, c’est aussi admettre qu’il n’est pas là pour ingurgiter des connaissances, mais pour participer à la construction du savoir, de son savoir.

A cet âge là,  le corps à une importance fondamentale, il est à la fois le médiateur et le reflet des tensions et malaises de l’enfant.

Plusieurs personnalités comme Moshe FELDENKRAIS, Françoise DOLTO, Jacques DONNARS se sont penchés sur la conscience corporelle, l’image du corps et l’éducation, ils ont mis en lumière le rôle que devrait jouer l’école et la nécessité d’une autre approche du corps.

J.LEBOULCH avance l’idée d’une «  éducation par le mouvement à l’école maternelle et à l’école primaire » . Il pense que les exercices visant à réguler le tonus musculaire sont conçus comme participants d’une véritable éducation corporelle qui a des conséquences majeures sur le développement des fonctions cognitives .

S’intérioriser pour mieux s’extérioriser, c’est au travers de ma pratique du yoga, qui inclue bien sûr relaxation et respiration, que j’ai essayé de trouver une réponse à mes interrogations. Mais il m’a fallu du temps pour que mûrisse l’idée que le bien être que j’éprouvais au travers de cette pratique, cette réconciliation de mon corps et de mon esprit, je pouvais le transmettre à mes élèves et, qu’il y avait peut être là, une des clés de l’énigme qu’est l’enfant saisi dans sa globalité.

La mise en place ne fut pas évidente, je ne suis pas professeur de yoga, de plus cette pratique s'adresse à des adultes et non à des enfants. C'est toute une philosophie, une démarche personnelle que l'on ne peut imposer. Je ne pouvais me  permettre d'improviser. La découverte  de la méthode de madame J.COUREE  intitulée " Mon corps et moi " fut un support précieux. Conçue pour les enfants et préfacée par une inspectrice de l'Education Nationale elle correspondait en grande partie à ce que je recherchais : une approche différente du corps au travers de la relaxation, de la respiration et de la gymnastique douce inspirée des postures du yoga.

C'est donc tout naturellement que me vint l'idée d'une recherche plus poussée concernant cette démarche afin d'évaluer l'impact qu'elle pouvait réellement avoir sur les élèves. D'où cette interrogation :

" En quoi la perception de son corps au travers de la relaxation et de la gymnastique douce peut-elle influencer positivement la relation éducative et  par-là estomper certaines difficultés d'apprentissages ?"

La première hypothèse qui en découle serait de dimension intellectuelle :
La connaissance de son corps en tant qu'entité permettrait à l'enfant d'optimiser ses aptitudes et de se recentrer.

La deuxième hypothèse se veut de dimension plus sociale :
Valoriser le vécu corporel de l'enfant, l'amener à se percevoir de façon positive et réaliste lui permettrait de préserver l'estime qu'il a de soi et par-là améliorerait les contacts qu'il établit avec son entourage tout en gardant son authenticité.

Enfin la troisième hypothèse serait le prolongement logique des deux premières :
En faisant découvrir à l'enfant les interactions du corps et de l'esprit, en lui apprenant la maîtrise corporelle, on l'aiderait à grandir, à devenir plus autonome, en somme à se construire en l'adulte de demain.

Rapidement, le besoin d’étayer mes connaissances sur le pourquoi de cette pratique, s’est fait sentir. Je manquais de notions tant dans le domaine de la psychologie que de l’anatomie, mais aussi dans le domaine des apprentissages et des sciences cognitives. Pour approfondir ma réflexion personnelle j’avais besoin de me baser sur des travaux se référant à des données plus scientifiques. M’appuyer uniquement sur ma pratique professionnelle et l’expérience que j’avais pu en tirer me paraissait trop superficiel. Je risquais de passer à côté de notions essentielles et ainsi d’éviter de remettre en question cette pratique qui s’avérait pour moi indispensable à ma conception de l’enseignement.
De plus j’avais besoin de mettre des mots sur des sensations, sur des convictions que je n’arrivais pas à formuler.
C’est pourquoi j’ai essayé d’éviter, du moins en grande partie, de ne me baser que sur ma pratique professionnelle.
Mes recherches se sont orientées vers quatre pôles qui me semblaient complémentaires pour une meilleure approche de ma démarche.
- L’approfondissement de la méthode pratiquée dans ma classe avec en parallèle  une recherche de ce qui pouvait se faire dans d’autres lieux ou domaines éducatifs.
- La connaissance de données psychologiques et physiologiques, qui me semblent incontournables pour comprendre les interactions entre le corps et l’esprit.
- Une réflexion sur les pratiques corporelles et ce qu’elles sous-entendent par la place que leur réserve notre société.
 - La prise en compte de l’aspect pédagogique et cognitif, la mission de l’enseignant étant avant tout de susciter l’apprentissage au travers de la didactique. 

 C’est pourquoi, dans la première partie de ce mémoire, je me propose d'analyser et de définir cette pratique mise en place dans le cycle des apprentissages fondamentaux. Pratique qui pourrait s'inclure à la fois dans le programme d'E.P.S  et dans celui de la découverte du vivant. Mais cette pratique peut-elle vraiment faire partie d'un programme avec toute la rigidité que cela comporte ?

La deuxième partie sera consacrée à une réflexion plus large sur la place du corps dans notre société et la dimension culturelle qu'il représente.

Pour étayer les hypothèses de départ je m'appuierai dans la troisième partie sur :

 - des observations d'enfants ayant des difficultés scolaires et les méthodes de rééducations proposées, travail réalisé par Françoise DOLTO et Catherine MUEL ;

- l'utilisation de la relaxation et de la psychomotricité comme moyen thérapeutique ;

- Un travail sur la démarche d’apprentissage, réalisé par M.DEVELAY ;

- l'observation, faite pendant les séances à l'école, portant sur deux enfants dont l'étude de cas m'a semblé intéressante.

Il m'a paru en effet impossible de ne me servir que de mes propres observations.  Je situe mon travail plutôt dans le schéma d'une  "recherche impliquée" , il est évident que ma présence modifie la situation que j'observe, je ne peux donc baser mes recherches uniquement sur les  observations que j'ai pu engranger. C'est pourquoi la méthode de recueil des données permettant l'observation des variables sera dans une grande majorité du type analyse documentaire. J'essaierai de rester critique sur l'analyse des documents recueillis bien que le choix de ceux-ci soit, du départ, quelque peu subjectif…
Les choix de ces documents a été guidé par le sentiment que ce qui se faisait en rééducation pouvait être transposé, de façon, bien sûr, adaptée et avec une extrême prudence, dans un groupe classe. Le travail de M.DEVELAY m’a paru aussi très enrichissant par son côté didactique qui pourtant n’exclut pas le versant relationnel de tout apprentissage tout en faisant référence à la psychologie cognitive.

Il serait aussi intéressant de s'interroger sur les effets réels de cette pratique tant son évaluation paraît aléatoire et difficilement objective malgré les nombreuses recherches et découvertes en psychologie de l'enfant ainsi que les apports non négligeables des sciences cognitives.

La vérification des hypothèses de départ ne sera pas aisée. En effet des notions comme recentration, estime de soi ou autonomie sont difficilement  quantifiables.

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