18 - La sophrologie a-t-elle un fondement mystico-religieux ?

Bonjour,
J'ai sous les yeux, l'article paru dans le monde de l'éducation de février. Je suis présidente d'un conseil local fcpe ; le collège sur la proposition d'un professeur, va peut-être mettre en place des séances de sophrologie.

J'interviens à titre personnel, et non au nom de la fcpe (fédération de parents d'élèves).

Je suis bien consciente de l'importance de la relaxation. Le problème, c'est que, que ce soit yoga ou sophrologie, les fondements sont mystico-religieux. Si dans le premier degré de la sophrologie, n'apparaissent pas ces conceptions, elles y sont dans le 3è degré ; ce qui signifie que la sophrologie, dans ses fondements, dans sa mentalité, est mystique, propose une certaine conception de l'univers et de la place de l'homme dans cet univers.
Je ne partage pas cette conception, et c'est pour moi, une atteinte à la liberté de chacun, dans le respect de la laïcité, de proposer de telles séances. Je ne veux pas que mes enfants participent à de telles séances ; même si je ne nie pas qu'elles puissent être bénéfiques.
Je suis la seule, dans le Comité d'Education à la Santé et à la Citoyenneté qui réfléchit à cette proposition à avoir ces réserves.
Pourquoi ne pas développer des méthodes plus neutres comme l'eutonie ?
Je pense que dès que l'on veut appliquer des techniques dans un établissement scolaire dont le fondement est mystique ou religieux, on oriente forcément les "utilisateurs" et leurs proches à considérer la conception associée à cette technique comme la meilleure.

Pour moi, ce n'est pas acceptable, même si je suis obligée de me plier à la majorité, et même de continuer à placer les cadres de cette action.

 

La réponse de Sabine Basler (sophrologue)

Quelques réflexions, tout en étant consciente que les à priori ont la vie dure et que la seule solution pour les réduire serait de dire aux parents de partciper à des séances et même là ils pourraient encore vous accuser de faire autre chose avec eux qu'avec les enfants ("qui veut noyer son chien l'accuse de la rage").

        - La sophrologie vient d'être admise au rang de psychothérapie au niveau européen et est déjà utilisée dans tous les pays européens comme technique de relaxation au niveau éducatif ... sauf en France (où elle n'a pas été classée "suspecte", ce qui est déjà un exploit vue la méfiance nationale pour ces techniques). Au niveau de la pratique sportive, elle est couramment utilisée par de nombreux sportifs de haut niveau pour améliorer leurs performances. Et a-t-on jamais suspecté les nombreuses sage-femmes pratiquant cette technique de pratiques occultes ?
       
        - J'ai suivi toute la formation de sophrologie existentielle et je ne peux donc m'engager que pour celle-là même s' il est vrai qu'il existe d'autres branches de la sophrologie. (Voir site de la sophrologie existentielle : www.iseba.fr ). Je n'ai jamais entendu la moindre référence à du mysticisme, ni le moindre terme religieux... sauf à parler de valeurs humaines (termes exacts :"intégrer les valeurs qui me sont propres ou valeurs propres à l'être humain que je suis" donc liberté totale sur le contenu de ces valeurs) et ce uniquement dans les degrés supérieurs, à partir du 6ème degré ce qui correspond à au moins 3 années de pratique régulière (niveau impossible à atteindre au collège). Qui peut nier que les valeurs humaines existent. Même l'école républicaine et laïque a ses valeurs : liberté, égalité, fraternité ... auxquelles je me permets d'ajouter citoyenneté et tolérance !
Les degrés accessibles à l'école sont le premier et deuxième degré qui sont respectivement les degrés de relaxation et d'intégration du schéma corporel
       
         - Je suis professeur titulaire de l'enseignement laïc et il m'incombe de respecter et de faire respecter cette laïcité. Mes opinions politiques et religieuses (tout à fait conventionnelles d'ailleurs) n'ont rien à faire à l'école. Pourquoi suspecter immédiatement les professeurs de manquer à leurs obligations, sans même prendre la peine de faire un essai ou de discuter avec eux ?.... par ailleurs je ne vois pas bien où peut se placer le mysticisme lorsqu'on fait des exercices respiratoires, qu'on joue à faire des ronds avec le bassin ou la tête, ou qu'on essaie d'envisager les acquisitions de l'après-midi à venir avec confiance.... La sophrologie me semble au contraire une technique qui permet de s'ancrer dans la réalité objective, c'est un de ses principes de base  
      
         - Les quelques séances d'eutonie auxquelles j'ai participé, présentaient un défaut majeur et rédhibitoire en collège : il fallait  pratiquer couché ou sur des tapis de gymnastique, chose totalement inaccessible en collège en dehors des heures d'éducation sportive.  Je ne dispose que d'une salle de classe normale, donc encombrée  de 30 tables et de 30 chaises. La sophrologie existentielle permet de se relaxer dans ces conditions. Mais je n'ai pas suivi une formation complète dans le domaine de l'eutonie, et il est certain que cette technique peut présenter un intérêt, les objectifs ne me paraissant pas contradictoires.

        - Par ailleurs, les séances que je propose se déroulent en structure de club périscolaire et il est bien évident que si des parents s'opposaient à cette pratique je n'insisterais pas, et ce d'autant moins que je n'ai que trop d'inscrits et que je fais ça de façon presque bénévole. Mais le problème ne s'est jamais posé jusqu'à présent ...

        - J'aurais une d'autres questions à poser à ces parents : que craignez-vous vraiment ? Pensez-vous vraiment qu'une technique, pratiquée 3/4 d' heure par semaine en groupe puisse nuire profondément à votre enfant déjà adolescent ? Quelle proposition autre et réalisable faites-vous concrètement pour l'aider à augmenter ses capacités de concentration, diminuer son stress ... ?

  Le débat peut rester ouvert mais ce genre de discussion est perdu d'avance si les personnes ne font pas l'essai de la méthode... En effet, autant il est facile de prouver un fait avéré, autant il est difficile de prouver que des suspicions n'ont pas de fondement...

J'ajouterai deux points à ma réflexion:

Le message reçu pose 2 préalables que son auteur ne prouve absolument pas :
        - "La sophrologie a un fondement mystico-religieux". En tout cas, cette technique ne s'en réclame pas. Au vu de quels éléments affirme-telle ça ? A-t-elle déjà pratiqué la technique et si oui dans quelles conditions ? Quelles sont ses convictions personnelles si violemment choquées par une pratique corporelle ? Connaît-elle les recherches faites par la science actuelle sur les vertus de la relaxation ?
       
     - "L'eutonie est une technique neutre". En quoi lui semble-t-elle plus  neutre ?

Autre question : si au lieu de dire sophrologie, on lui avait dit relaxation (ce qui revient au même vu le niveau de pratique) aurait-elle été choquée ?
Je ne sais pas s'il est possible d'avoir une réponse à ces questions ? Ca m'intéresserait

Sabine Basler (Sophrologue)

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La réponse de Christian COUDRE
Relaxologue – formateur - ex-rééducateur en RASED (Réseau d'Aides Spécialisées aux Elèves en difficulté)

Madame,

Je connais mal la sophrologie, et je ne peux donc pas confirmer ou infirmer la façon dont vous vous la représentez. Je suis relaxologue, proposant un certain éventail d’approches susceptibles de convenir à la personne que je rencontre, ou au projet qu’elle me soumet. J’ai travaillé longtemps à l’Education Nationale en proposant cet outil qu’est la relaxation. J’ai régulièrement rencontré des personnes qui exprimaient des craintes similaires aux vôtres.

J’ai apprécié votre réaction. Vous exprimez votre point de vue et vos craintes en laissant place néanmoins au débat. Et j’estime qu’il est sain que le débat soit permanent pour avancer. Je pense également qu’il ne serait pas acceptable que quiconque mette en place une pratique qui pourrait suggérer une conception de la vie en désaccord avec les principes de la laïcité. Il est impensable de proposer des activités qui freineraient l’autonomie de l’enfant ou de l’adulte. La relaxation à l’école n’a pas d’autre but que d’aider à l’autonomie de la personne. Il me semble que c’est une aide précieuse pour développer la conscience du corps, dans le respect des rythmes et des représentations du monde de chacun. La pratique d’exercices empruntés au Yoga, par exemple, est efficace en ce sens. Cette pratique n’est pas porteuse de la culture religieuse qui prévalait à son origine. Il en est de même pour certains sports de combat issus d’arts martiaux, et qui ont trouvé leur place dans notre société sans exiger une quelconque adhésion à la philosophie qui était leur fondement à l’origine. Nous pouvons nous approprier ce qui nous semble intéressant et efficace pour nous aider à mieux évoluer dans le système de valeurs qu’est le notre. L’élève et son accès à l’autonomie doit être au centre des préoccupations d’un projet de relaxation à l’école. Celui-ci ne doit pas proposer autre chose qu’une pratique basée sur la conscience de soi (basée sur la conscience du corps) favorisant l’estime de soi, et le respect des autres ainsi que de leurs différences (dont leur conception personnelle de l’univers). Vous faites partie d’un Comité d’Education à la Santé et à la Citoyenneté qui saura être vigilant en ce domaine, et qui a du s’assurer de la compétence de la personne qui animera ce projet.

Pour vous donner un exemple de sérieux et d’éthique dans le domaine d’éducation à la santé, je vous suggère de lire le livre de Martine Guillois et Marcelle Lemaire « Un corps à vivre » (éditions Chronique Sociale 1999).

Cette expérience et ce débat auront sans doute été profitables à chacun d’entre nous qui réfléchissons sur l’utilité et l’utilisation de la relaxation à l’école. Je souhaite conclure sur deux pistes de réflexion :

  1. Celle de la clarté du projet éducatif utilisant la relaxation, et des compétences de ceux qui le mettent en œuvre.
  2. Et enfin il ne faut pas oublier que ce projet concerne l’enfant (ou l’adolescent) qui doit pouvoir signifier son adhésion ou non à ce qui lui est proposé à l’école.

Je serais intéressé de connaître la suite de votre réflexion et de la mise en œuvre du projet qui concerne vos enfants.

Christian COUDRE - Relaxologue – formateur - ex-rééducateur en RASED (Réseau d'Aides Spécialisées aux Elèves en difficulté)

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La réponse de Jean-Pierre Niaulon
(professeur des écoles)

Les préjugés sont tenaces ; il en est ainsi pour la relaxation et les techniques de développement corporel depuis des Eons, mais comment en vouloir à notre lectrice, puisqu’après tout, la désinformation généralisée fait bien son non-travail en laissant dans l’ignorance et la suspicion toutes celles et tous ceux qui –pour avoir fait la démarche pourtant de se poser la question- se demandent un jour ce que peut apporter la relaxation ?

Notre bon feu- Philippe de Méric de Bellefon, intellectuel au-dessus de tout soupçon avait pourtant fort bien présenté ce que le yoga pouvait être à l’Occident dans sons livre "Le yoga sans posture ( … et sans spiritualité !)" publié il y a maintenant plus de 40 ans.
Techniques psycho-corporelles de premier plan, sans idéologie, sans ésotérisme, juste mon corps et moi, juste le silence et moi, le toucher de ma plante de pied sur un tapis soyeux, ma respiration, cet air que je prends et rends sans cesse et me rattache à l’instant présent, cet espace de vide sans émotion où je peux laisser venir à moi les connaissances après les avoir invitées à me rencontrer.
Certes, comment en vouloir à notre lectrice car ceux qui n’ont pas goûté à cette expérience unique du soi proprioceptif ne peuvent en imaginer les bénéfices dans les apprentissages.
L’école doit-elle rester une simple usine à recevoir des informations ? Doit-on y laisser les enfants être gavés de notion et de savoir faire ?
L’enfant au centre du système éducatif, Quelle supercherie, vraiment !
Mais les préjugés sont tenaces, hélas !

Jean-Pierre Niaulon (professeur des écoles)

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La réponse d'Elsabeth Courtinat-Rei
(sophrologue)

Bonjour,

Je suis choquée par les apriori de cette personne. Il semble qu'elle condamne un peu rapidement. Ne se fait-elle pas l'avocat du diable pour placer d'autres méthodes telles que l'eutoie ? En quoi est-elle moins MYSTIQUE ?
Il me paraît évidemment que, comme beaucoup de gens, elle doit regarder un peu trop certaines émissions de "certaines" chaînes à la télé !
Les apriori ont la vie dure, mais il faut arriver à se battre. Je me sens d'autant plus attaquée que je dirige une école de sophrologie, qu'elle est conventionnée par l'Etat. Aurais-je conservé cet agrément si la moindre plainte avait été déposée ? Je ne crois pas.
La sophrologie est comme toute pratique de relaxation, une pratique abordée avec neutralité bienveillante et je remercie l'Europe de lui accorder des lettres de noblesse.

J'espère que vous diffuserez ce message.

Elisabeth Courtinat-Rei

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